À l’occasion de notre passage à Eindhoven pour assister au Prognosis Festival, nous en avons profité pour rencontrer Marcela Bovio autour d'un café et aborder avec elle sa carrière solo, son attachement au prog’, ses concerts avec Mayan, ou encore le festival lui-même : il s’avérait que la talentueuse chanteuse, résidente d’Eindhoven, n’aurait manqué l’événement pour rien au monde !

Le nouvel album In Your Eyes contient des morceaux que tu as écrits et composés pour d’autres personnes, avec des thèmes qu’ils ont eux-mêmes choisis. De quelle quantité d’informations disposais-tu pour chaque morceau ?
Marcela – C’était à eux de décider. Je leur ai proposé de me raconter une histoire, ou bien de partager une humeur, de me donner un mot-clé, de citer un groupe dont ils étaient fans, d’une chanson qu’ils aimaient… Et j’ai reçu des réponses très différentes les unes des autres selon les personnes.
Y-en a-t'il eu une en particulier qui t’a vraiment touchée ?
C’est assez drôle, parce que je me suis identifiée à chacune d’entre elles… C’est quand même assez insolite ! Cela vient peut-être du fait qu’on apprécie les mêmes genres musicaux. Mais il n’aurait pas été impossible qu’on me réclame un thème qui ne m’aurait pas du tout parlé.
En revanche, quelqu’un m’a demandé d’écrire une chanson à propos de mon chat ! C’est un Sud-Africain qui avait également un chat roux, mais dont il a dû se séparer quand il a déménagé à Los Angeles… Ce thème n’a pas été évident à aborder, dans la mesure où je n’écris pas de chansons joyeuses, et comme j’avais en tête de composer quelque chose de léger pour ce thème, il a fallu que je m’adapte… Mais j’y suis parvenue, et c’est comme ça que "Magic Powers" est né ! Ce morceau jazzy parle donc de la vie en compagnie d’un chat roux… (Rires).
Chronique de In Your Eyes

Depuis quelques mois, tu commences à en dévoiler un peu plus au sujet de ton nouveau projet metal en compagnie de Jord Otto et Ruben Wijga, mais aussi Joost van den Broek… Que peux-tu nous révéler de plus ?
J’ai été très occupée ces derniers temps. C’est la raison pour laquelle le projet était entre parenthèses pendant un moment, mais maintenant, on s’y remet ! Jord et Ruben ont tout deux été membres de Revamp. À un moment donné, ils m’ont invitée à me joindre à eux. Musicalement, ce qu’on a écrit ressemble vraiment à ce que les gens pourraient attendre de notre part ! Me concernant, c’est quand même un peu plus agressif que ce que j’ai l’habitude de composer, mais j’adore ça, et ça convenait bien à mon humeur du moment…
Joost va produire notre EP, qu’on va enregistrer très prochainement. Je t’en aurais volontiers dit plus, mais il y a encore certaines choses qu’on doit décider. Par exemple, on n’a pas encore choisi de nom ! (Rires)
Allez-vous travailler avec un bassiste et un batteur de session ?
Tout à fait… D’ailleurs, je pense que tu pourras facilement deviner le nom du batteur…
Ariën van Weesenbeek ?
En effet ! (Rires) Mais je n’ai rien dit… En ce qui concerne la basse, on travaille avec un ancien étudiant de la Metal Factory, l’école de metal où j’enseigne. Il est vraiment doué dans ce qu’il fait, et sa technique complexe colle bien à notre style. Il y a tellement de talents dans cette école, c’est génial !
Avec Mayan, vous avez repris en live des morceaux de vos anciens groupes (Stream of Passion, After Forever, Orphanage…). Qui est à l’origine de cette sélection ?
On a tous un peu donné notre opinion, même si Mark s’est occupé des morceaux d’Epica et d’After Forever. J’ai suggéré les titres de Stream of Passion qui, pour moi, collaient à MAYAN, comme "Monster". Et Mark était super partant, car c’est un titre qu’il aime beaucoup ! Mais un morceau comme "Out In The Real World", aussi emblématique qu’il soit, ne conviendrait pas à un concert de Mayan…
Qu’est-ce que ça faisait de reprendre des morceaux d’After Forever et d’Epica ?
Ça va te donner un indice sur mon âge, mais j’ai grandi avec Prison of Desire (2000), le premier album d’After Forever, qui a aussi été une révélation pour moi. Je connaissais les morceaux par cœur, et je les chantais déjà quand j'étais plus jeune. C’était super de les interpréter sur scène. Évidemment, il a fallu que je prenne froid pendant les concerts en Février… Et je voulais vraiment réussir à chanter un titre compliqué comme "My Pledge of Allegiance" ! Ce morceau a toujours représenté un défi à surmonter. En Mai, on va réitérer l’expérience, et cette fois, je vais prendre ma revanche… (Rires)
Penses-tu que Mayan jouera d’autres reprises de ces deux groupes par la suite ?
Je ne sais pas du tout. Je pense qu’on va laisser Mark décider, d’autant qu’il a eu la bonne idée de choisir des morceaux qu’Epica n’a pas joués depuis longtemps. Sinon, ça aurait été bizarre, étant donné que le groupe est toujours actif ! Concernant After Forever, j’adorerais chanter "Monolith Of Doubt", ou encore "Emphasis"… En fait, je suis extrêmement fan de tous les morceaux de Decipher (2001), que je connais aussi sur le bout des doigts ! Donc je n’aurais aucun problème à ce niveau-là… (Rires)
Au début de l’année, Mayan a également joué quelques concerts au Mexique, ton pays natal… Qu’est-ce que ça faisait d’y retourner ?
C’était super. Le public mexicain devient complètement dingue en concert ! C’est une source d’énergie absolument unique. Et bien sûr, j’ai pu revoir mes amis, ma famille…
En Juin, Laura Macrì, qui chante également dans Mayan, et toi-même allez donner un concert acoustique exclusif en Hollande. Que va-t-il s’y passer exactement ?
Cela fait un moment qu’on y pense, dans la mesure où on possède toutes les deux cette espèce d’ « échappatoire » au metal ! (Rires) On s’est dits que ça serait intéressant de faire quelque chose par rapport à ce point commun que nous avons. Jusqu’à présent, nous n’avions pas eu le temps de nous y pencher… Et le temps est finalement venu ! On va piocher dans nos répertoires respectifs, jouer un peu de classique… On sera accompagnées d’Erik (van Ittersum, pianiste de Marcela, ndlr) et des musiciens de Laura, dont son frère, Robert Macrì.
Reportage du concert à Eindhoven le 09 février 2019
Comment as-tu découvert le prog’ ?
Je crois que c’était au lycée, quand j’ai commencé à écouter du metal… Je suivais une émission de radio mexicaine qui passait du metal en pleine nuit. J’avais pour habitude d’enregistrer certains morceaux sur une cassette audio, ce qui, une fois de plus, te donne une idée de l’âge que j’ai… (Rires) Je l’ai faite écouter à un ami, qui m’a alors conseillé d'écouter Dream Theater. Cela a vraiment éveillé quelque chose en moi ! J’ai été marquée par la façon dont chaque instrument possède un rôle bien défini.
Par la suite, je me suis mise à King Crimson, Emerson, Lake and Palmer, Rush… Et puis, je suis passée à la fusion, au jazz, avant de me mettre à des groupes comme Leprous, qui parviennent à innover encore. Mais tout a commencé avec Dream Theater !
D’après toi, pour quelle raison Eindhoven a été choisie pour accueillir le Prognosis, un festival de metal prog’ ?
Il y a une grande communauté metal à Eindhoven. Tout d’abord, Loud Noise, qui fait partie des organisateurs, en sont originaires. On a également le Dynamo Metal Meeting qui a lieu chaque année ici, ou encore la Metal Factory, qui est basé à Eindhoven. Le metal et le prog’ sont partout, ici ! Ça fait vraiment partie de la culture. Il y avait aussi le Dynamo Open air dans les années 1990, qui était une institution énorme. Quand je vivais au Mexique, je me souviens avoir été subjuguée par les vidéos du festival… Je pense qu’il a vraiment laissé un héritage marquant. À part cela, le sud des Pays-Bas est assez facile d’accès pour la Belgique, la France et l’Allemagne. Et finalement, on ne trouve pas tant de metal au Nord du pays.

Est-ce que les gens te reconnaissent quand tu marches dans les rues d’Eindhoven ?
Pas vraiment. Tout à l’heure, au festival, je vais me sentir comme une superstar, parce qu’il va forcément y avoir des fans de prog' qui me connaissent. Autrement, on ne m’aborde pas dans la rue ! (Rires)
Que vas-tu aller voir en priorité ce soir, au Prognosis ? J’imagine que Leprous arrive en tête…
Bien entendu ! Je meurs d’impatience d’entendre The Congregation (2015) en entier… Je ne sais pas si eux-mêmes sont contents de jouer cet album, parce que leur musique a un peu évolué depuis, mais moi, je suis aux anges ! Je suis tellement fan de titres comme "Moon", "Slave", "Down"… C’est mon album préféré du groupe, même si j’adore aussi Bilateral (2011). Mais c’était encore autre chose. C’était violent : à chaque fois que j’écoute "Restless", je deviens dingue.
La première fois que je les ai vus, c’était lors d’un festival à Tel-Aviv, à l’époque de Bilateral, justement… Einar (Solberg, chanteur, ndlr) avait encore ses dreadlocks super longues, et leur énergie m’a clouée sur place ! (Rires) J’étais outrée de ne pas les avoir découverts avant.
Ce qui est bien avec ce groupe, c’est que plus tu les écoutes, plus tu adhères à leur complexité. Quand j’ai écouté Malina (2017) pour la première fois, je l’ai trouvé très pop, mais c’est loin d’être aussi accessible qu’on le pense. C’est bien plus profond ! J’ai fini par adorer "From The Flame", "Malina"… Bref, je suis une vraie groupie. (Rires)
Ce soir, il me tarde aussi de voir SOEN, dont on m’a dit beaucoup de bien, et The Gathering, que j’écoute depuis des années…
Reportage du Prognosis Festival - jour 1
Photos prises lors de notre entretien à Eindhoven par Emilie Garcin.